Errances

 Trahison

J’allai sur la place aux courts pavés noircis
Pour épancher mon cœur et nourrir mon âme
Au sein des mille étoiles et du Dieu bienfaiteur,
Lui, le maître du monde et même de son malheur;
Je voulais qu’il fustige et condamne ce drame,
Iago se jouant d’Eros, en mon sein obscurcis.

J’allai sur la place et entrai dans l’église
Où le sombre et le froid se riaient des fidèls,
Déserteurs des lieux saints, amoureux des bordels
Où le gueux lui-même s’y plaît et s’y enlise.

J’voulais y d’mander, à celui qu’est seul là-haut,
Oublié dans son coin, le Fils triste et terne;
J’voulais qu’y m’raconte et éclaire ma lanterne
Lui qu’a tant souffert que s’en est pas très beau,

Pourquoi donc ses brebis se battent-elles si souvent,
Pourquoi l’amour s’débine et vide tout son troupeau
Et pi aussi qu’la trahison empire de nouveau
Eclatant tous les corps,éparpillés au vent.

Et pourquoi l’amitié joue t’elle au funambule,
Jonglant sur les mots, les mots la détruisant,
L’un se riant de l’autre qui fuit en gémisant,
Après disant bonjour sans aucun préambule.

J’voulais qu’il m’explique le fils de Dieu fait homme,
Pourquoi les corps s’attirent et les âmes se rejettent,
Pourquoi les corps se fuient et les âmes se plaisent…
J’voulais qu’il me dise ma solitude en somme.

Mais y m’a rien dit, l’éternel recrucifié.
P’tre que ses yeux mi-clos et son trait de lance
Valaient bien mieux qu’ma prière en défaillance,
Mon humeur exacerbée, mon sang mortifié.

Faut-il aimer l’bon Dieu ou encore le haïr?
Quoi! Il t’a pas aidé? Tu t’es laissé avoir?
La tête me tournait sous les étoiles du soir,
Me demandant qui, cette fois, allait me trahir.

 

Vendredi 7 avril 2006 vers 03h58

Exuvie

Ô! lueurs éphémères, fulgurances d’un matin,
Permettez au vieil homme au final de sa vie
De pouvoir enfin seul assouvir son envie,
Balayer les chimères sans être byzantin.

Sablier de mes rêves, clepsydre de mes larmes,
Dernières espérances où tout se concrétise,
Égrenez mes châteaux, disséquez ma sottise
Pour prier enfin sous les pics des guisarmes.

La bougie, blanche, allumée, chaude faucille
Se délite doucement, forgeant mon destin.
Sous les coups de Chronos savourant son festin,
La mèche, épuisée, s’affole et vacille.

Elle est là devant moi, sur la table dressée
Compteur inexorable des souvenirs d’antan,
Doux parfum du miel à l’odeur de flétan
Me soulevant le cœur, et mon âme blessée.

Je fus jeune insouciant, avide de plaisir
Et toujours à l’affut du plus extravagant,
Bières à qui plus soif à en être fatigant,
A moins que ce ne fût sombrer dans le désir.

J’allais simplement du luxe au plus infâme
M’enivrant au champagne, soudoyant les belles-fleurs,
Puis après, las de tout, jouer les écornifleurs
Dans une gargote obscure et dévorer l’entame.

Princesses écartelées, jambes interminables,
Sourires jocondiens, mais fébriles sous la couette,
Ou gotons apathiques devant toute pirouette
J’épousai toutes les formes les plus inconcevables.

Ainsi que l’étamine qui flotte par tous les vents,
Anthère hasardeuse crevant large la toison,
Le corps et l’âme tendus en parfaite unisson,
Je voguais ardemment, Dionysos en tourments,

J’écumai les cloaques, jouant les matadors
Sous le rire narquois d’un quelconque maquereau;
Outrageant ma jeunesse à me croire hobereau,
J’oubliais mon Hugo au profit des cadors.

à suivre…

 

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