La vie, la mort
TRAHISON
J’allai sur la place aux courts pavés noircis 
Pour épancher mon cœur et nourrir mon âme
Au sein des mille étoiles et du Dieu bienfaiteur,
Lui, le maître du monde et même de son malheur;
Je voulais qu’il fustige et condamne ce drame,
Iago se jouant d’Eros, en mon sein obscurcis.
J’allai sur la place et entrai dans l’église
Où le sombre et le froid se riaient des fidèls,
Déserteurs des lieux saints, amoureux des bordels
Où le gueux lui-même s’y plaît et s’y enlise.
J’voulais y d’mander, à celui qu’est seul là-haut,
Oublié dans son coin, le Fils triste et terne;
J’voulais qu’y m’raconte et éclaire ma lanterne
Lui qu’a tant souffert que s’en est pas très beau,
Pourquoi donc ses brebis se battent-elles si souvent,
Pourquoi l’amour s’débine et vide tout son troupeau
Et pi aussi qu’la trahison empire de nouveau
Eclatant tous les corps, éparpillés au vent.
Et pourquoi l’amitié joue- t-elle au funambule,
Jonglant sur les mots, les mots la détruisant,
L’un se riant de l’autre qui fuit en gémissant,
Après disant bonjour sans aucun préambule.
J’voulais qu’il m’explique le fils de Dieu fait homme,
Pourquoi les corps s’attirent et les âmes se rejettent,
Pourquoi les corps se fuient et les âmes se plaisent…
J’voulais qu’il me dise ma solitude en somme.
Mais y m’a rien dit, l’éternel recrucifié.
P’tre que ses yeux mi-clos et son trait de lance
Valaient bien mieux qu’ma prière en défaillance,
Mon humeur exacerbée, mon sang mortifié.
Faut-il aimer l’bon Dieu ou encore le haïr?
Quoi! Il t’a pas aidé? Tu t’es laissé avoir?
La tête me tournait sous les étoiles du soir,
Me demandant qui, cette fois, allait me trahir.
===
LE VIEIL HOMME
Un jour banal en fait, tout à fait ordinaire
Où chacun se démène, s’agite et disparaît
Au détour d’une rue, quand tout les séparait,
Seul, triste et énervé, éternelle vie ternaire.
Un jeune garçon fébrile, s’échappant de son père,
Aperçut un pigeon trottinant droit devant,
Se mit à sa poursuite, traversa brusquement
La rue pleine de voitures que personne ne tempère.
Et le pire apparut, un cri fusa très dense;
Mais tous restèrent là, pétrifiés, tétanisés,
Craignant le choc certain, enfin humanisés
Devant un tel affront fait à l’innocence.
C’est alors qu’un vieil homme, surement septuagénaire,
Traversa lui aussi juste devant l’enfant,
Le prit dans ses bras et tout en l’étouffant
Mit les genoux au sol, le sauva du sicaire.
Le heurt fut très violent, ces deux-là on les vit
Projetés au loin, et retomber lourdement
Sur la terre goudronnée, sans qu’aucun tremblement
Ne vint manifester une quelconque vie.
Les secours arrivèrent; la surprise fut infinie
Quand cinq ans de bonheur, dessous le vieux inerte,
Se releva sans peine, à peine quelque larme
Tout étonné du monde et de tout ce vacarme
Où tous le pressaient, ébahis qu’il fut svelte,
Et s’inquiètaient enfin du vieil homme sans vie.
===
Le petit poussin qui brise sa coquille,
Tout de suite après l’heure, se dresse et pépille
Et bien vite s’éparpille comme un vrai libertin:
Sa vie de poule commence et prépare son destin.
Peu de chose lui manque
Pour qu’enfin il puisse dire
Sans jamais se médire
Et jouer au saltimbanque:
Je suis libre!
Mais le petit d’homme
Avant que de courir
A besoin, de sa mère,
D’être tiré, lavé
Et sans cesse préparé
Et nourri et couvert
Pour ne pas dépérir;
Ce n’est pas un surhomme.
Avant que d’être instruit
Dans ses mots et ses pas
Pour sursoir au trépas,
D’autrui, il est construit
Obviant à l’impuissance
A subir la nature,
Animale mouture,
Dans son insolence.
Clémente et empressée,
La nature humaine
En son vaste domaine,
Bien que très peu pressée,
Par amitié,tendresse,
A su et préserver
Et à faire perdurer
Cette immense liesse,
Oh! famille,
Trop souvent rejetée
Où le tout jeune enfant
A subi, supporté
Sans accord ni débat
Le difficile combat
De la frêle puberté
Sans contrat tarifant:
Cette fête est sacrée.
Oh! Immortels principes des stupides conventions
Instituant entre tous une espèce spontanée
De gaillards à peine nés,de vie libre et consciente
Œuvrant sur un pied d’une sorte d’égalité.
Les faits mettent en pièces cette curieuse mentalité
où se noie la seule vie réellement efficiente:
Un monde sans foi où la bonté est inondée
D’intérêts aveugles en totales contradictions.
Familles, je vous aime!…
Poésie librement adaptée du livre » mes idées politiques » de Charles Maurras.
===
La fête du muguet
C’est beau, la fête du muguet;
C’est la fête, c’est le premier Mai
Où chacun s’épanouit selon
Les bois, les ronces et leurs solons.
Mais ce n’est pas ma fête,hélas,
Hélas, c’est plutôt le tocsin
Qui bourdonne enfin la fin
De l’aventure où je craignais le glas.
Mon fol espoir s’est achevé
Dans la levée des clochettes,
Et le blanc de cent cueillettes,
Oh! Symbole au cœur réservé, 
Oh!Fleurs d’un jour, souveraines
Dans les sous-bois, dispendieuses
De bonheur et de joies studieuses,
A noirci la plus belle des reines.
Mais tout s’achève et la mort vient
En ce premier jour de Mai
Fermer les clochettes à jamais
Ternies, attendant l’an prochain
Que la fête du premier Mai
Revienne, et revienne le bon temps
Où tous rêvent en ce beau printemps
A aimer leur plus belle reine.
C’est triste la fête du premier Mai
Quand le tocsin se tait,
Les sous bois se referment
Et les amants disparaissent.
===
Aimer sans espoir.
Aimer sans nul espoir
Pleurer son désespoir 
Et se complaire enfin
En cet’ mémoire sans fin
Détruit tes jolis yeux,
Et tes cheveux soyeux,
Obscurcit ton sourir’
Entier fait pour offrir.
Déserte ton nuage
Laisse choir les ondées
N’aie que peu de pensées
Dans ce remue-ménage
Mais rejoins tes soleils
Tes arts et tes amis
Pour qui tous tes semis
Ne sont que pures merveil’s



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